L’espèce humaine continue d’évoluer : elle le fait même mieux et plus vite

Atlantico : Des origines à nos jours, quelles ont été les grandes étapes de l’évolution humaine ? En quoi celle-ci consiste-t-elle exactement ?

Henry de Lumley : Il faut prendre en compte deux systèmes évolutifs de l’homme : l’évolution morphologique et l’évolution culturelle. L’évolution morphologique n’a jamais cessé, à un rythme assez constant, et se caractérise par un développement du crâne en volume. Celui-ci devient de plus en plus long, large, haut et rond. On passe d’une forme de ballon de rugby à celle d’un ballon de football.

Cette évolution du crâne est caractérisée par une évolution du cerveau, qui est de plus en plus volumineux. Depuis les premiers hominidés qui se sont mis à marcher, on est passé de 350 cm3 à 1400 cm3 en moyenne aujourd’hui.

Par ailleurs, les membres antérieurs ont raccourci progressivement, car ils ne sont plus chargés des tâches de locomotion. Les membres postérieurs, qui assurent les tâches de locomotion, sont de plus en plus longs et robustes. Le pouce de la main s’est également allongé, permettant d’effectuer des mouvements plus fins.

Ceci s’accompagne de l’évolution culturelle, qui est liée à l’évolution morphologique. Les premiers hominidés d’il y a 5 millions d’années ont une boîte crânienne de 350 cm3. Les australopithèques, un peu plus tardifs (3 à 4 millions d’années), ont une capsule crânienne de 480 cm3, et les premiers hominidés capables de fabriquer des outils, de dégager des concepts et ayant un langage articulé, dépassent les 550 cm3. Les homo erectus, remarquables chasseurs, dépassent les 600 cm3. A partir de 1100 cm3, ils sont capables de domestiquer le feu. Les néandertaliens, apparus il y a 150 000 ans environ, ont une capsule crânienne comparable à la nôtre, parfois supérieure à la moyenne des hommes actuels, mais toujours dans la marge de variation actuelle. Avec le développement des lobes frontaux il y 35 000 ans, la pensée symbolique « explose », car ils sont le berceau de la pensée associative.

Mais alors que l’évolution morphologique de l’homme est plus ou moins proportionnelle au temps, il faut au moins 100 000 ans pour qu’une différence significative soit notable entre deux populations qui se succèdent. On peut dire aujourd’hui que l’évolution culturelle, en s’accélérant, a dépassé l’évolution morphologique.

En résumé, il y a 7 millions d’années le premier primate se relève et se déplace en équilibre sur les membres postérieurs. Il continue néanmoins, à l’occasion, de se déplacer dans les arbres. Mais marcher debout n’est pas une étape nécessaire pour être un homme, c’est pourquoi on continue de parler d’hominidés. Il y 5 millions d’années étaient les sahelanthropus tchadensis, ou Toumaï. Puis viennent les australopithèques (4 – 2 millions d’années), primates bipèdes n’ayant pas encore de langage articulé, ne fabriquant pas encore d’outils, et chez qui la locomotion bipède est imparfaite, et qui restent occasionnellement arboricoles.

Étape très importante : il y a environ 2,6 millions d’années : l’émergence des homo habilis, qui dépassent les 500 cm3, chez qui est née la pensée conceptuelle, et qui sont capables de fabriquer des outils en fonction de projets futurs. Leurs conditions anatomiques sont rassemblées pour qu’ils aient un langage articulé, et il n’y a pas de raison pour qu’ils s’en soient privés.
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