Comment le cerveau s’organise pour garder tous nos souvenirs

L’apprentissage du vélo, l’endroit où l’on a laissé son téléphone portable ou le souvenir d’un proche sont des types d’informations très différentes, et leur stockage ne fait pas intervenir les mêmes zones cérébrales.
Vous souvenez-vous de ce que vous avez mangé il y a cinq jours? C’est peu probable. En revanche, même après dix années sans pédaler, vous savez toujours faire du vélo. Pourquoi certains souvenirs sont-ils plus ancrés dans notre mémoire que d’autres? Comment bien entretenir les régions de notre cerveau qui les gèrent? En avril dernier, le Pr Bruno Dubois, neurologue et directeur de l’Institut de la mémoire et de la maladie d’Alzheimer, était l’invité de notre émission Toc Toc Docteur. L’occasion de rappeler comment fonctionne notre mémoire et de donner quelques conseils pour mieux s’en servir.

Il n’y a pas une mais cinq mémoires
Imaginez un grand dressing bien ordonné. Si vous cherchez votre t-shirt rouge préféré, vous savez qu’il faudra ouvrir le tiroir des hauts, puis chercher dans la pile des t-shirts. Pour les informations emmagasinées durant notre vie, c’est pareil. Toutes nos connaissances générales et factuelles (la capitale de la France est Paris, les chats mangent des croquettes) sont ordonnées par catégorie, de la plus générale à la plus précise, dans la grande commode qu’est la mémoire sémantique.

Malgré ce rangement méthodique, il nous arrive parfois d’oublier des choses. Pourquoi? En réalité, la mémoire sémantique, située dans une partie du cerveau appelée «lobe temporal», n’intervient pas systématiquement. Quand il s’agit d’enregistrer une information, quatre autres mémoires entrent en jeu, chacune étant spécialisée dans le stockage d’un type d’informations. Et chacune faisant intervenir une zone du cerveau.
Ainsi, si faire du vélo ne s’oublie pas, c’est parce que l’action de pédaler participe de la mémoire procédurale, «qui permet d’ancrer des mécanismes acquis», indique le Pr Dubois. C’est la mémoire des automatismes, située dans le cervelet, qui s’active de façon inconsciente.

À l’inverse, la mémoire de travail a pour but… d’oublier! En effet, elle ne sert qu’à garder l’information pour une durée très brève, de l’ordre de quelques secondes. Cette mémoire a court terme est, par exemple, utile lorsque vous devez retenir un numéro de téléphone ou une date, le temps de l’enregistrer dans votre répertoire ou la noter dans votre agenda.
Et lorsque le goût de la madeleine revient à Proust, qu’une voix vous est familière ou qu’un visage vous dit quelque chose, c’est grâce à la mémoire perceptive. Située à proximité des aires sensorielles du cerveau, cette mémoire imprime de façon inconsciente et automatique ce que l’on voit, sent ou entend grâce à nos cinq sens.

Enfin, il existe une dernière mémoire, celle qui fait que vous vous souvenez mieux du mariage de votre sœur qui a eu lieu il y a cinq ans plutôt que d’une conversation autour de la machine à café d’il y a deux jours. Il s’agit de la mémoire épisodique. Située dans l’hippocampe, cette dernière «traite tous les souvenirs personnels importants pour nous, explique le Pr Dubois. Ces souvenirs ne nous reviennent qu’à la perception d’une odeur ou à la vue de quelque chose».

La mémoire sémantique, que nous sollicitons en permanence, suit un processus qui se déroule en quatre temps. Tout débute par de bonnes conditions de réception de l’information. Les clés d’un apprentissage réussi? La concentration, la motivation et la valeur affective portée à l’information.

Une fois l’information perçue par le cerveau, un réseau de connexions neuronales se construit au sein des régions cérébrales responsables de son stockage. Puis, à force d’être sollicitée, celle-ci s’ancre de façon durable dans notre mémoire sémantique. «Il faut donc penser à réactiver régulièrement ces circuits, sans quoi le souvenir sera oublié», préconise Sébastien Martinez, champion de France de mémoire.
Après ces trois premières étapes vous pourrez finalement accéder à la dernière, la récupération, avec plus ou moins de succès. C’est elle qui entre en jeu lorsque votre enfant doit réciter un poème. «Il arrive parfois que la récupération soit bloquée, c’est ce que nous appelons plus communément un trou de mémoire», indique Sébastien Martinez. Ainsi, le fameux syndrome de la page blanche qui survient le jour du baccalauréat peut être dû à un problème de récupération… ou à un manque de révisions!

Cassandre Jalliffier, Le Figaro, 17/05/2018
http://sante.lefigaro.fr/article/memoire-comment-le-cerveau-s-organise-pour-garder-tous-nos-souvenirs/

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